Épisode 3 : Accueillir

April 20, 2026 01:09:12
Épisode 3 : Accueillir
Appartenir : Le pouvoir de la participation
Épisode 3 : Accueillir

Apr 20 2026 | 01:09:12

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Show Notes

« Notre job, c’est créer des espaces collectifs qui sauvent des vies ». Pourquoi l’implication sociale contribue-t-elle à améliorer la santé mentale ? Soucieux de répondre à cette question et d’approfondir le sujet, Jean-François et Charlie retournent au Rivage du Val-Saint-François et visitent deux autres ressources alternatives. Ils prennent également un café avec un ancien responsable du Rivage qui leur explique pourquoi l’organisme a décidé, il y a près de 20 ans, de placer la gestion participative au cœur de ses interventions.

Réalisation : Jean-François Vachon et Charlie Vincent-Simoneau

Production : Rivage du Val St-François

Montage, textes et conception sonore : Jean-François Vachon

Musique : Gabriel Bouchard et Philippe Reiher

Prise de son : Jean-François Vachon et Jean-Sébastien Dutil

Mixage : Antonin Wyss

Visuel : MissPixels (Isabelle Gagné)

Merci aux membres et aux employés du Rivage du Val St-François ainsi qu’à tous les partenaires qui ont rendu ce projet possible, notamment : La Cordée ressource alternative en santé mentale, L’Ensoleillé ressource communautaire en santé mentale, Droit-Accès de l’Outaouais, Annabelle Berthiaume (Université de Sherbrooke) et Katharine Larose-Hébert (TELUQ).

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Episode Transcript

[00:00:00] Speaker A: Le balado que tu t'apprêtes à écouter, tu peux pas l'entendre ailleurs. C'est une exclusivité. [00:00:07] Speaker B: Bonjour à tous. Vous écoutez une programmation spéciale sur les ondes de CFAQ 88.3 où on écoute la série de balados documentaires Appartenir, le pouvoir de la participation. Donc c'est un balado qui a pour but de mettre en lumière les organismes communautaires et surtout la gestion participative. Et pour en parler, j'ai avec moi Jean-François Vachon, co-réalisateur, monteur, OTEX et à la conception sonore du balado. Salut Jean-François. Salut, j'ai aussi Sophie Brasset, responsable générale du RIVAGE, qui a également été employée pendant plusieurs années. Salut. [00:00:44] Speaker C: – Allô! [00:00:45] Speaker B: – Oui, donc le RIVAGE qui est coproducteur, c'est ça, du balado? [00:00:49] Speaker C: – Ma collègue Charlie, oui, elle a co-réalisé avec Jean-François, mais le RIVAGE était le porteur, dans le fond, du projet de la boîte à outils. Puis le balado est un des éléments qui étaient dans cette boîte à outils-là. [00:01:05] Speaker B: Oui, c'est ça. Parlant de la boîte à outils, ce balado vient s'intégrer dans une boîte à outils. Peut-être rappeler pour ceux qui auraient peut-être manqué les deux premiers épisodes, c'est quoi la boîte à outils? Aussi, c'est quoi la gestion participative? [00:01:21] Speaker C: Quand le RIVAGE a voulu introduire la gestion participative dans l'organisation, donc d'inclure les membres principaux intéressés dans les décisions de l'organisation, dans la gestion de l'organisation, on a eu bien de la difficulté à trouver des choses concrètes pour voir comment faire ça, comment on part ces réflexions-là, comment amorcer ces réflexions-là. Puis, de fil en aiguille, nous, on a trouvé notre couleur, puis on s'est fait demander après ça, comment faire ça dans d'autres organisations. Puis, on a cherché une subvention non négligeable, dans le fond, pour mettre cette boîte à outils-là en place. Puis, j'ai demandé à Charlie, qui est elle qui a initié le projet, de faire une boîte à Audi qui allait être super accessible pour tout le monde, loin des ouvrages universitaires, puis qui allait pouvoir être utilisée par les membres, par les intervenants, aussi par les directions, les CA. quelque chose de ludique, quelque chose de très attrayant que les gens allaient avoir envie de regarder, de lire. Puis, c'est pour ça qu'il y a plusieurs dimensions à la boîte à outils. On a un site Internet, il y a aussi des capsules vidéo, il y a le balado, puis il y a aussi un... comme un livre, là, dans le fond, un... [00:02:45] Speaker D: Un guide illustré. [00:02:45] Speaker C: Un guide illustré, merci. [00:02:47] Speaker E: Voilà. [00:02:49] Speaker B: Parfait, on est déjà au troisième épisode. Troisième épisode, je dirais peut-être le plus dense, en tout cas celui qui m'a peut-être le plus marqué de la série, parce qu'évidemment on rentre dans le sujet de la santé mentale et de la détresse. On parle entre autres de schizophrénie et de trucs comme ça. Jean-François, en début d'épisode, tu te lives sur les préjugés que ces gens-là vivent. Tu parles également de ta mère et toi qui n'avais pas les outils pour comprendre ce qu'elle vivait quand tu l'accompagnais là-dedans étant plus jeune. Je pense que c'est 18-19 ans que tu parles dans le balado. Pensais-tu que le balado allait t'amener dans des introspections comme ça quand tu l'as débuté? [00:03:36] Speaker F: Oui, en fait, parce que le passage avec ma mère, c'est un projet que j'aimerais réaliser à un moment donné. C'est sûr que quand on est embarqué dans le sujet de la santé mentale, [00:03:46] Speaker D: je me suis dit que c'était une [00:03:47] Speaker F: bonne occasion pour en parler parce que dès qu'on parle de santé mentale, mon histoire familiale revient. Comme je mentionne dans le balado, avec le recul, on se rend compte des fois de tous les préjugés qu'on a pu avoir quand on est jeune. C'est une période Je pense, au niveau de la sensibilisation du public aux enjeux sentimentaux dans les années 90, dans les années 80, c'était moins connu. En tout cas, moi, l'information que j'ai aujourd'hui se rendait moins à moi. C'est sûr que j'étais plus jeune, mais j'avais des préjugés. C'est les mêmes préjugés, je pense, des fois, que j'ai face à moi-même, de performance ou de se blâmer soi-même. qu'on va pas bien. Encore la même chose que je disais avant l'autre épisode, quand on veut, on peut. Je dis ça dans le balado, puis je dis que j'aime pas ça, mais je suis victime moi-même de ça, de ce discours-là dans ma tête, puis des [00:04:45] Speaker D: fois, je vais le projeter sur d'autres. [00:04:47] Speaker F: Fait qu'on n'est pas libéré de ça. Puis dans ma famille, c'était très présent. Puis c'est quasiment comme on veut, on peut. C'est quasiment comme devenu... C'est comme un genre de moralité. C'est quasiment comme... Donc, il y a ça. Puis c'est important pour moi de parler de ça. Puis aussi, je pense, des fois, il y a le désintérêt. C'est ça que j'évoque là-dedans. C'est que ma mère allait dans une ressource alternative en santé mentale. Puis ma relation avec elle n'était pas très bonne. Je ne m'intéressais pas nécessairement à ce qu'elle faisait pour aller mieux parce que c'est comme si je ne validais pas ce qu'elle vivait. Des fois, dans nos non-intérêts, c'est une position qu'on a. C'est ça un peu que je voulais essayer d'expliquer. C'est un petit peu complexe, mais c'est ça que j'ai pris conscience. Je ne posais pas de questions là-dedans. C'est quoi les activités qu'elle participait, je ne sais pas. C'est quoi... dans quoi elle s'impliquait, je ne sais pas. Mais en même temps, peut-être qu'elle aimait ça en parler. [00:05:42] Speaker B: Oui, oui. Si je peux y aller d'une anecdote plus personnelle, ma conjointe travaillait en ressources et je me suis vu moi-même avoir énormément de préjugés envers les gens qui souffraient de santé mentale. J'ai été amené dans le cadre de ça à faire du bénévolat. Je suis un musicien guéri. J'ai mon bac ici à l'université. Puis il y avait des musiciens parmi les résidents là-bas, puis on les a enregistrés et tout ça. Puis effectivement, tu sais, j'y allais un peu de reculons, puis pourtant je me considère comme quelqu'un d'assez ouvert. Mais on brise rapidement nos préjugés dès qu'on met les pieds quand même dans ces endroits-là. Bref. [00:06:36] Speaker C: On entend souvent ça, tu sais, dans Richemont, le rivage est situé dans une petite ville, Richemont, tu sais. Puis on entend souvent ça quand les gens, ils viennent pour la première fois, puis on essaie de faire des activités ouvertes à tous. L'idée de travailler dans la communauté, d'ouvrir nos portes, c'est de créer vraiment ce lien-là. Nous, on veut favoriser l'intégration des personnes qui vivent ou qui ont vécu avec une problématique de santé mentale dans la communauté. nécessairement, il faut qu'on ouvre nos portes à la communauté pour qu'elle devienne inclusive. Puis unanimement, les gens, quand ils finissent par venir pour la première fois au RIVAGE, ils font comme, c'est agréable de parler avec les membres de votre source. On ne sent pas qu'il y a de différence dans le fond entre nous et eux. Mais c'est ça qu'on essaie de mettre en lumière. Oui, ils vivent avec des défis peut-être différents des leurs dans le moment. Mais on n'est pas personne à l'abri de vivre avec des difficultés. Puis dans la façon qu'on aborde la santé mentale au RIVAGE, c'est que toutes les conditions de vie ont une influence sur notre santé mentale, évidemment. Donc, on peut tout être fragilisé à un moment ou à un autre. Puis le fait de créer cette relation-là entre les gens qui se disent, mettons, sans problème de santé mentale, puis les membres du RIVAGE, bien, ils voient à quelque part c'est la même chose. C'est des personnes tout comme eux qui ont des capacités, qui ont des forces, qui ont des intérêts, qui sont très similaires aux leurs. C'est un peu ça qu'il faut défaire, mais c'est comme d'une personne à la fois. C'est long de défaire ça. Ça prend des années, ça prend tellement d'efforts pour pouvoir défaire ça. [00:08:15] Speaker B: Effectivement, si on plonge un petit peu dans l'épisode, vous êtes entretenu avec Sylvain Dubé, ancien responsable général du rivage. On en avait dit l'ancien Sophie. Il a dit, je paraphrase, la majorité des problèmes observés chez les usagers sont des problèmes de la vie courante. Alors, ce n'est pas nécessairement un psychologue ou un psychiatre qu'ils ont besoin, mais genre avec un ami. Est-ce que c'est sûr que vous avez vécu, là c'est sûr que toi tu travailles, là tu le vois au quotidien, mais Jean-François, c'était-tu quelque chose... Quand on parle quand même de schizophrénie, de l'extérieur, les deux sujets arrivent quand même proches dans le balado. Pour moi, en tant qu'auditeur, j'y allais un petit peu de reculons dans cette proposition-là. Toi, sur le terrain, en le vivant, comment ça s'est avéré vrai ou non, ça? [00:09:20] Speaker F: Ça dépend. Avec Sylvain, tu sais, quand tu parles d'esquizophrénie, tout ça, il y a des au rivage aussi qu'il y a déjà eu ou il y a de façon périodique des groupes d'entendeurs de voix, des personnes qui discutent de ça et qui essayent de faire sens avec ça. Il y a plusieurs choses dans ta question. Mettons si je vais avec l'aspect collectif. Moi, j'ai trouvé ça très intéressant, la discussion qu'on a eue avec Sylvain, puis ça faisait très bien écho avec ce que je voyais au rivage, au sens que... Mais comme qu'il dit, on a comme peut-être l'habitude, des fois, on a un enjeu, il faut que j'aille voir un psychologue ou il faut que j'aille voir un travailleur social. Dans une optique souvent, ou coach de vie, dans une optique souvent, on a un problème et il faut le guérir le plus vite possible avec quelqu'un qui connaît ça et qui va nous aider et il faut absolument qu'il nous aide. Il y a de ça. Puis ce que je trouvais intéressant des ressources alternatives, puis aussi pour faire écho à ce que Sylvain disait, c'est qu'il y a plein de choses qu'on peut régler ensemble, qu'on peut, en s'impliquant, en faisant un projet pour répondre à nos besoins. Puis il y a beaucoup d'enjeux de santé mentale qu'on vit qui viennent du fait que socio-économique, économiquement, c'est difficile. On est isolé, donc pourquoi pas se mettre ensemble pour régler ça. Puis des fois aussi, beaucoup d'enjeux viennent qu'on n'a pas de sens à notre vie. Et ça, en s'impliquant, en faisant des projets, on comble beaucoup. Après ça, ce qui reste comme enjeu, comme détresse, on peut en parler avec un intervenant, on peut en parler avec un psychologue. Puis quand c'est des enjeux, peut-être que Sophie pourrait en plus parler. C'est sûr que quand on tombe dans des sujets comme la schizophrénie, des enjeux plus difficiles, c'est plus touché. Puis, tu sais, c'est la question du diagnostic aussi, tu sais. Les gens qui vont dans les ressources alternatives n'ont pas à afficher leur diagnostic de façon, tu sais, qui rend... Non, [00:11:17] Speaker B: c'est ça, c'est ça qui était nommé dans le balado, que s'ils voulaient en parler, tu sais, c'est ça, ils pouvaient en parler, mais sinon... [00:11:24] Speaker F: Puis, tu sais, aussi, ça me mène à dire aussi quelque chose que je pensais tantôt que tu disais. Des fois, je pense qu'on voit la santé mentale dans des... des extrêmes. On a l'idéal de la personne entre guillemets, je mets des gros guillemets en gros, fonctionnelle, qui a une vie heureuse et tout ça. Puis on voit à l'autre extrême une personne qui entend des voix, qui a des hallucinations ou qui est violente et tout ça. Puis on s'imagine des fois peut-être les... Je sais que ce n'est pas facile tout le temps dans les ailes psychiatriques, mais des organismes, on s'imagine qu'on va voir des choses dans l'extrême, mais justement quand on rentre là, on se rend compte que la vie, c'est pas mal plus de nuances que ça. Donc, c'est ça. C'est sûr que quelqu'un qui a des enjeux graves, peut-être que Sophie pourra mieux répondre. Quand vous avez des gens qui viennent et qui sont en détresse profonde, j'imagine que c'est différent. On est plus dans le court terme peut-être. [00:12:32] Speaker C: Au RIVAGE, dans l'offre de services, on n'a pas de suivi individuel, on n'a pas de travail comme individuel qui se fait avec un intervenant. C'est un choix qu'on a fait. ou jamais on va dire que ce travail-là n'est pas nécessaire. Je pense qu'on est très complémentaires à ce qui va se faire au CIUSSS, par contre, quand tu vas avoir un suivi individuel avec un intervenant. Je pense que le suivi individuel seul ou la médication seule ne peut pas régler tout chez tout le monde. Au rivage, les gens viennent s'impliquer parce qu'ils souffrent d'isolement, parce qu'ils ont besoin de se réapproprier leur vie, de se réapproprier leur communauté, de développer du pouvoir d'agir. Puis c'est là qu'on entre en jeu. Tu sais, nous, les gens, ils ne viennent pas quand ils sont en grosse crise. Des fois, nos membres vont arriver puis ils ne vont pas bien. Tu sais, on va travailler avec eux, on va les référer. Tu sais, j'ai déjà apporté quelqu'un à l'urgence ou psychiatrique parce que là, ça l'enlèverait vraiment plus bien. Mais nos rivages, on le fera pas parce que c'est vraiment un lieu de reprise de pouvoir. C'est une place où les gens vont redécouvrir un peu ce qu'elles étaient ou ce qu'elles voudraient être peut-être, puis qu'elles puissent s'impliquer dans quelque chose de plus grand qu'eux. Mais ultimement, ça va faire du bien à leur santé mentale individuelle. Ils vont se sentir mieux parce qu'ils vont se sentir qu'ils sont inclus, ils vont se sentir qu'ils peuvent développer des compétences qui ont des forces et qui font partie d'un tout. Mais on ne va pas travailler avec les gens de façon individuelle. Mais je pense que c'est très complémentaire. Je ne pense pas que c'est la solution à toutes non plus. [00:14:22] Speaker B: C'est ça, c'est que tu travailles en complément de l'autre. [00:14:29] Speaker C: C'est ça. [00:14:30] Speaker B: Parce que Sylvain, vous me corrigerez si je me trompe, mais lui, il est comme instigué un petit peu la gestion participative. Puis avant, il n'avait des rencontres individuelles au rivage. Est-ce que toi, tu as vécu ça, Sophie? [00:14:50] Speaker C: Non, quand je suis arrivée au RIVAGE, on avait déjà commencé à transitionner vers plus des activités de groupe. Les gens étaient déjà interpellés pour prendre des décisions. Il y avait le comité de vie associative qui était déjà actif. Mais en 2013, moi je suis arrivée en 2012, en 2013, on a vraiment réorganisé tout le côté la structure organisationnelle, donc les postes ont changé. Sylvain est passé de directeur général à responsable général, puis on a comme scindé ce poste-là parce qu'on l'incarne la gestion participative jusqu'au bout. On veut vraiment défaire la hiérarchie au maximum. Puis, il n'y avait déjà plus d'un suivi individuel parce qu'avant, il y avait des listes d'attente. On ne souhaitait pas qu'il y ait des listes d'attente. Puis, comme Sylvain le mentionnait, on s'est rendu compte que les gens entre eux étaient capables aussi de s'organiser. Ça ne veut pas dire qu'on les laisse aller toutes seules. On accompagne beaucoup les gens. Je pense aux groupes d'entraide. Ils n'ont pas besoin de faire une rencontre nécessairement individuelle parce qu'il y a ça aussi juste qui existe. Mais nous, au RIVAGE, on s'est dit pourquoi ne pas regrouper les gens, les soutenir, puis qu'ils développent des compétences eux-mêmes à s'entraider, puis avoir le réflexe. Ultimement, ce que ça fait, c'est qu'ils ont le réflexe d'aller voir une personne qu'ils connaissent, qu'ils ont vu dans le groupe d'entraide, en dehors des heures d'ouverture, en dehors des... Tu sais, qu'ils ne misent pas que sur le rivage pour... comme solution, mais eux deviennent la solution de quand ça ne va pas bien. Avant, il y avait des... Tu sais, la fin de semaine, ils revenaient le lundi, puis c'était comme... Il y avait plein de crises, plein de feux à éteindre, plein de crises à gérer. Là, il n'y a plus ça parce que les gens, ils sentent qu'ils ont... qu'ils ont d'autres personnes sur qui compter pendant que le rivage est fermé, puis c'est ça qu'on souhaite faire. [00:16:37] Speaker B: l'esprit de communauté. Sinon, Sylvain termine en parlant de la gestion participative. Les usagers sont mieux placés pour savoir ce qu'ils ont besoin qu'un intervenant. Là, tu as l'air très d'accord. On en a parlé pour les autres intros d'épisodes. Peut-être concrètement, pourquoi c'est vrai? [00:17:00] Speaker C: Je pense au conseil d'administration. Si on est complètement en dehors du rivage, si on prend un comptable, quelqu'un qui est bon en ressources humaines, oui, il va avoir des forces. Je ne leur enlèverai jamais ça. Ça peut être très utile au sein d'un conseil d'administration. Pour voir vraiment la vision d'Ensemble, voir vers où ils veulent aller, qu'est-ce qu'ils ont besoin, c'est quoi les défis qu'ils vivent vraiment le quotidien. Je trouve qu'il n'y a pas plus riche que ceux qui font partie, puis qui vont utiliser les services pour pouvoir réfléchir, participer aux décisions, puis dire, nous, c'est ça qu'on veut, puis qui n'ont pas à se faire imposer des choses ou à prendre une direction qui n'est pas... c'est elle qui aurait pris. Les gens, c'est pas parce qu'ils sont pas comptables qu'ils peuvent pas développer des compétences pour devenir trésorier dans le CA. C'est ça qu'on essaie de travailler. Puis les gens, ils sont partie prenante. Ils vivent au quotidien qu'est-ce que c'est le rivage. Ils sont les mieux placés pour voir qu'est-ce qu'ils ont besoin, c'est quoi les... Puis entendre dans leur communauté, c'est des gens de la communauté, entendre qu'est-ce qu'il y a les gens, qu'est-ce qu'il y a pas, qu'est-ce qu'eux autres, il leur fait du bien, fait qu'ils peuvent le partager à d'autres. [00:18:16] Speaker B: Oui, oui. Je pense que c'est dans cet épisode-là qu'il y a un CA pour une sortie à la plage, je pense. [00:18:25] Speaker F: C'est dans l'autre, après. [00:18:26] Speaker B: C'était juste pour illustrer concrètement un petit peu c'était quoi. C'était l'intervenant qui disait qui qu'il veut appeler pour savoir les heures d'ouverture, le transport. Il y en avait qui mettaient volontaire pour faire des sandwiches ou quelque chose. Chaque petite tâche est redistribuée aux usagers et ceux qui choisissent les activités. [00:18:51] Speaker C: Ça ne veut pas dire que ça n'a même pas des défis. Par exemple, la plage, c'est vraiment pertinent, mais il y a des gens qui ne sont pas prêts à faire cela dans le moment. Fait qu'il faut toujours, nous, comme travailleuses, réfléchir à comment on peut mieux soutenir la personne. Est-ce que c'est en faisant pas cette activité-là qu'on va arriver à... qu'un jour, ils la reprennent en charge puis qu'ils le fassent? Je pense pas. T'sais, c'est vraiment du travail de doser. Tantôt, tu parlais de doser. T'sais, il faut doser. c'est quoi la place que nous on va prendre, comment, qu'est-ce qu'on peut prendre dans l'organisation pour que ça les soutienne, puis pas que ça leur nuise, puis qu'ils soient pris en charge. Fait qu'il faut tout le temps doser à comment les soutenir, comment les accompagner, puis aller jusqu'où dans ce qu'on va faire pour les soutenir, puis pas leur nuire dans leur développement. [00:19:37] Speaker B: C'est intéressant parce que je pense que c'est pas beaucoup traité, je pense, dans le balado, mais qu'est-ce que tu veux juste définir, expliquer les nuire, comment ça pourrait les nuire? [00:19:48] Speaker C: En fait, je ne suis pas en train de dire que les ressources qui vont travailler comme ça, ce n'est pas une bonne façon. Je pense que chaque ressource communautaire va répondre à certains besoins. Mais dans d'autres organismes communautaires, et souvent dans certains suivis, les gens en santé mentale particulièrement sont souvent pris en charge. On pense qu'on sait c'est mieux qu'eux, qu'est-ce qui va être bon, qu'est-ce qu'ils ont besoin, de quoi ils vont avoir besoin, puis comment faire les choses. Leur nuire, parce que si moi je le fais à la place de l'autre, clairement l'autre n'est pas en train de développer les compétences pour y arriver ultimement. Ne serait-ce que la sortie à la plage, je comprends qu'il y a des gens qui sont... juste de prendre le téléphone puis d'appeler, c'est anxiogène. Ils sont pas capables de faire ce pas-là. Mais moi, j'ai une personne en tête que j'ai vue qui ne prenait pas la parole dans un groupe, tranquillement, pas vite, à force de l'exposer, à force de la soutenir, de l'accompagner, bien maintenant, elle va faire, par exemple, un témoignage devant 50 personnes sur un Zoom, elle voit les gens, elle va faire un témoignage sur ce qu'est son implication au rivage. Elle va accepter de faire ça alors qu'au départ, elle ne prenait même pas la parole au rivage avec 4-5 personnes. Si j'avais constamment fait les choses à sa place, je ne pense pas qu'elle aurait développé cette compétence-là pour ultimement pouvoir prendre la parole devant 50 personnes. [00:21:11] Speaker F: Je pourrais ajouter à ça, justement. Des fois, aussi, Sylvain, dans cet épisode-là, a sorti un concept que je ne connaissais pas avant de faire le balado, le concept de sanisme. [00:21:20] Speaker B: Oui, oui, c'est intéressant. [00:21:21] Speaker F: C'est ça, qui est de juger des personnes qui ont des enjeux de santé mentale, avoir des préjugés face à eux. C'est un concept qui est parallèle à [00:21:28] Speaker D: l'orgiste, qui peut être parallèle au sexisme. [00:21:31] Speaker F: Comment ça peut être nocif? Des fois, derrière ces préjugés-là, il y a la fameuse phrase «pas capable». «D'enfant, je vais le faire parce que la personne n'est pas capable de le faire.» Des fois, ça peut venir d'une bonne intention. Si on pense que la personne-là a des enjeux, elle ne sera pas capable de le faire, je vais le faire. Si tu le fais plein de fois, la personne va se balader. «D'enfant, je ne peux rien faire.» Ça vaut pour l'âgisme aussi. C'est que les personnes âgées, dans le balado d'avant, on le vivait, là. On va être trop âgé, ça va être difficile. Puis là, on ne donne plus de responsabilité. Bien, les personnes, comment elles se sentent? Elles se sentent qu'elles n'ont plus rien à apporter. Donc, c'est là que c'est difficile. [00:22:07] Speaker B: Oui, bien, sur ça, on va aller se plonger dans l'épisode 3, Accueillir. Bonne écoute. [00:22:16] Speaker D: Par un peu rasard ou presque, je travaille sur deux projets documentaires en lien avec la santé mentale cette année. Ça m'amène à réfléchir profondément sur le [00:22:24] Speaker F: sujet, à écouter les histoires des personnes [00:22:26] Speaker D: qui sont concernées et à mettre en lumière des façons à la fois naturelles et innovantes d'adresser la souffrance humaine. Je suis heureux d'avoir été choisi pour ça. Ça m'inspire. Mais l'impact le plus important que ça a sur moi, honnêtement, c'est que ça m'apporte une certaine paix. Parce que j'ai pas toujours été aussi ouvert d'esprit par rapport à la santé mentale. Pas vraiment. [00:22:51] Speaker G: Bon, bien, je suis à Grambay, ma ville natale. Puis là, je m'apprête tranquillement à traverser un pont qui va me mener vers la rue Drummond. La rue Drummond, c'est une rue quand même importante à Grambay. En fait, c'est le prolongement de la rue principale. Mais j'ai décidé de passer par là parce que je voulais revoir la façade d'un organisme que ma mère a fréquenté là-bas. Un peu comme le rivage, qui s'appelle l'autre versant. Ah, ça m'a l'air d'être là-bas. Un genre de duplex. C'est accueillant quand même. Je pense que je pourrais rentrer, mais je sais pas, j'ose pas parce que... Premièrement, je me suis pas annoncé. Puis deuxièmement, je me sentirais un peu imposteur de rentrer là parce que quand ma mère y allait, je m'intéressais pas vraiment à l'endroit qu'elle allait, qu'est-ce que [00:23:44] Speaker D: ça lui faisait, puis tout ça. [00:23:46] Speaker G: En fait, je pense que j'avais un peu de préjugés face à cet endroit-là. Puis bien honnêtement, des préjugés face à ma mère qui... Puis elle allait vraiment pas bien dans ce temps-là. Elle allait vraiment pas bien quand même une bonne partie de sa vie. Elle faisait face à des problèmes assez importants de santé mentale. Puis dans ma famille, c'était très mal vu. Je dois dire que moi, à cette [00:24:10] Speaker F: époque-là, j'avais à peu près 18 ans. [00:24:12] Speaker G: J'avais pas une très grande ouverture sur le sujet non plus. Je pense que je la jugeais beaucoup, puis je la comprenais pas tellement. Puis je voyais un peu ce qu'elle vivait comme un manque de volonté, un manque de considération. Il n'y avait personne dans ma famille. On était quand même dans les années 90. J'entendais pas grand-chose qui aurait pu m'aider à me sensibiliser à tout ça. Et là, ça me fait drôle, une trentaine d'années plus tard, de faire un projet en lien avec une ressource un peu comme elle la fréquentait. C'est drôle, mais je pense, des fois, la vie est bien faite. Dans le temps, je ne m'intéressais pas beaucoup à ce qu'elle faisait là-bas. [00:24:49] Speaker F: Et là, je fais un balado d'à [00:24:50] Speaker G: peu près 180 minutes en lien avec une ressource en santé mentale. C'est peut-être une façon de redonner un peu l'attention que je n'ai pas eue à ce moment-là, puis la compréhension que je n'ai pas eue à ce moment-là. [00:25:07] Speaker D: Vous écoutez Appartenir, un balado documentaire sur les bienfaits de participer et de faire partie d'une communauté qui nous accueille, telle qu'on est. [00:25:18] Speaker H: Salut, Jeff. Je voulais savoir si tu étais disponible ce jeudi pour aller à la cordée. Ça serait bien quand même qu'on ait observé un peu ce qui se passe ailleurs, dans d'autres ressources que le rivage, ça fait que ça tombe vraiment bien. [00:25:36] Speaker D: J'arrivais chez moi quand Charlie m'envoyait le message que vous venez d'entendre. L'organisation dont elle me parlait, la CORDÉ, était à ma connaissance la plus importante ressource alternative en santé mentale de Sherbrooke, la ville où j'habitais. Quelques jours plus tard, je me suis déplacé à deux rues de là-bas pour préparer mon équipement et rejoindre Charlie. [00:26:01] Speaker G: OK, ça record. [00:26:04] Speaker H: Bonjour, bonjour, bonjour. [00:26:05] Speaker G: OK, c'est bon. [00:26:07] Speaker H: Voilà, nous nous dirigeons vers la cordée et la journée commence. [00:26:11] Speaker F: À quoi tu t'attends dans le fond aujourd'hui pour ça? [00:26:14] Speaker H: Ça va être intéressant de voir la dynamique avec les gens, les membres, si c'est semblable aux rivages aussi, puis comment ils fonctionnent. [00:26:23] Speaker D: J'étais certain qu'on découvrirait de nouvelles facettes de la gestion participative. Mais à ce moment-là, mes questionnements étaient ailleurs. Ce que je voulais surtout savoir, c'était comment le fait de s'impliquer et de fréquenter des organismes comme le rivage avait un effet direct sur la santé mentale. J'étais au courant que le fait de participer permettait aux gens de se dépasser, de donner à leur communauté, de se créer un cercle social et d'améliorer leur estime. Tout ça contribuait positivement à la santé mentale, c'est sûr, mais je ne sais pas, je n'étais pas encore comblé. On y va? [00:26:55] Speaker H: Faut-tu sonner? [00:26:55] Speaker C: T'es là. [00:26:56] Speaker I: Faut-tu sonner? [00:26:56] Speaker A: Bon. [00:26:59] Speaker B: Allô! [00:26:59] Speaker G: Salut Jacob! [00:26:59] Speaker H: Jacob! [00:27:00] Speaker F: Ça va? [00:27:01] Speaker D: Ça va? [00:27:01] Speaker F: Très bien, très bien. [00:27:03] Speaker E: Ah ben, enchanté! [00:27:04] Speaker G: Enchanté! [00:27:04] Speaker D: Ben oui, ben oui. [00:27:05] Speaker F: J'ai même un peu froid là. [00:27:07] Speaker D: Jacob c'était notre contact à l'accordé et il avait accepté de nous faire une visite guidée de l'organisme. Et comme la plupart des personnes qu'on enregistrait, il était un peu impressionné par mes micros. [00:27:18] Speaker E: Je me sens en mode survie là. [00:27:20] Speaker C: Ok! [00:27:20] Speaker E: Faut pas que ça me rentre dedans. [00:27:23] Speaker G: C'est comme si j'avais une lance, ils voulaient t'en parler. [00:27:26] Speaker D: Je sais pas si mon commentaire l'avait vraiment rassuré, mais bon. Il avait l'air assez à l'aise pour débuter la visite, on dirait. Les marches qui craquent. [00:27:36] Speaker G: C'est comme au rivage, les planches qui craquent. [00:27:41] Speaker E: Écoute, on va partir d'ici. Ça, c'est notre salle. On l'appelle le petit bistrot. C'est là qu'on a la majeure partie de nos activités, des comités. L'idée, c'est vraiment de rejoindre les membres dans ces comités-là, de prendre le pouls, puis de voir comment vous voulez qu'on fasse évoluer les services, tout ça. [00:27:57] Speaker H: Faux gestion partie passée. [00:27:59] Speaker E: C'est ça. [00:28:00] Speaker G: Yes, sir. [00:28:07] Speaker D: Charlie ne pouvait pas mieux dire. Jusqu'ici, la façon de faire de l'accordé ressemblait à celle du rivage. Et le lieu était similaire aussi, avec quelques pièces en plus, peut-être. [00:28:17] Speaker E: Donc ici, on arrive au boudoir, où est-ce que c'est comme salle de musique, salle de relaxation, salle soleil, appelé ça parce qu'on a des grandes bay windows. Puis c'est aussi l'extension de la bibliothèque. Toutes les livres sont numérotés, rentrés dans le système. Il y a vraiment une gestion. On a deux bibliothécaires en ce moment qui s'occupent de tout ça, qui sont des membres. [00:28:43] Speaker D: Tranquillement, je voyais des indices qui confirmaient que l'organisme encourageait ses membres à s'impliquer. Mais à mesure que la visite avançait, je voyais quelques différences apparaître. [00:28:54] Speaker E: Fait qu'ici, c'est la salle création. C'est une salle, dans le fond, plus petite salle, qui sert vraiment pour soit des rencontres, mais des plus petits comités. Ici, on a le conseil des membres. Puis dans le fond, c'est des gens qui sont élus par les membres qui sont là pour les représenter. [00:29:13] Speaker D: En plus des comités, l'organisme avait un conseil qui consultait les membres sur l'ensemble des activités pour qu'ils fassent des suggestions au conseil d'administration et à la direction. Au RIVAGE, c'était différent. Aucun employé portait le titre de directrice et, à ma connaissance, il n'y avait pas de conseil des membres. Parce que la majorité des personnes qui faisaient partie du conseil d'administration étaient des gens qui fréquentaient et s'impliquaient dans l'organisation. La façon de fonctionner de la Cordée n'était pas la même, et est-ce que ça voulait dire que les individus participaient moins? Charlie sentait le besoin de vérifier. [00:29:44] Speaker H: Les activités, les comités qui existent, est-ce [00:29:46] Speaker C: que c'est des initiatives des membres? [00:29:49] Speaker E: pas toutes, mais la grande majorité des comités, effectivement. Moi, je peux bien essayer de m'imaginer ce qui serait le mieux pour les membres, mais c'est bien plus efficace, je pense, si ça vient d'eux-mêmes. Puis en plus, c'est sûr qu'il y a une fierté qui s'accompagne de tout ça. Donc là, nous, on est juste là pour... Je n'ai même plus rendu là. [00:30:09] Speaker F: Ça ne sert à rien. [00:30:11] Speaker D: C'est ça. À quoi servent les employés quand l'idéal est presque que tout soit fait par les membres? J'imagine que c'était pour s'assurer que le tout continue. Je pensais à ça et après un temps, je me suis rappelé la mission que je m'étais donnée. [00:30:25] Speaker G: De s'impliquer comme ça, c'est-tu comme voulu, [00:30:27] Speaker F: justement, parce qu'en s'impliquant, ça fait du bien aux personnes? [00:30:29] Speaker D: Mais oui, mais oui. [00:30:31] Speaker E: Combien de gens, moi, qui me parlent, qui disent qu'ils aimeraient ça, retourner au travail, mais que ça n'existe pas, des emplois... Bien, ça existe, mais il n'y en a pas beaucoup d'emplois adaptés aux réalités des gens qui ne veulent pas faire du 40 heures semaine, t'sais. Fait que souvent, ça, c'est quelque chose qui vient combler un besoin de... Hey, je crée un changement dans ma communauté, puis en plus, bien, je rencontre des gens, j'ai des relations sociales, tout ça, t'sais. [00:30:55] Speaker D: Sa réponse avait du sens, mais j'avais l'impression qu'on assumait peut-être trop rapidement que faire des actions valorisantes et rencontrer des gens avait automatiquement des retombées positives sur la santé mentale. Ça aidait, je l'avais vu, mais je me disais aussi que bien des personnes étaient malheureuses dans la vie tout en ayant une belle job, des dizaines de réalisations et plein d'amis. J'ai donc gardé mon questionnement en tête. [00:31:19] Speaker G: Ok, ok, bon, allons-y. [00:31:25] Speaker D: Après la visite, on est retournés au premier étage et une douzaine de membres étaient attablés dans la salle à manger. Charlie avait planifié tout ça pour qu'il nous parle de leur implication dans l'organisme. On s'est installés et elle a débuté la discussion. [00:31:41] Speaker H: Donc, bien, merci de nous recevoir, tout le monde. Mon nom, c'est Charlie. Puis là, on est sur un projet présentement. Moi, je suis chargée de projets au rivage, puis on fait une boîte à outils sur la gestion participative. [00:31:55] Speaker D: Elle a passé quelques minutes à décrire notre projet et après ça, on a essayé de rassurer les gens par rapport à l'enregistrement et à mes nombreux micros. [00:32:02] Speaker G: La meilleure façon, c'est de voir ça comme un jeu. C'est comme le jeu du micro. [00:32:06] Speaker F: On s'enregistre pour le fun. [00:32:08] Speaker H: Ce n'est pas pour vrai. [00:32:09] Speaker G: C'est un peu pour vrai, mais pas trop pour vrai. [00:32:13] Speaker H: Merci beaucoup de vous prêter au jeu. [00:32:15] Speaker F: Ce n'est pas un micro, c'est un bâton de parole. [00:32:17] Speaker G: C'est juste moi qui le tiens. [00:32:21] Speaker D: Les gens avaient l'air bien, heureux et très proches. Et la majorité était très impliquée. [00:32:26] Speaker I: Je fais toutes sortes de choses. Je suis dans le conseil des membres, le CAC. [00:32:30] Speaker D: Moi, je m'occupe de la bureautique, puis je suis secrétaire pour la réunion en même temps. Je fais des PV. [00:32:38] Speaker J: Salut, moi, c'est Suzanne. Je suis membre de l'accordé depuis 2011. Je suis comédienne, chanteuse, et récemment, je m'occupe de la mijoterie, et j'aime ça. [00:32:49] Speaker D: À ma connaissance, la mijoterie était un comité qui cuisine pour les membres de l'accordé dans le but de leur offrir des repas à bas prix. [00:32:55] Speaker H: Bonjour, moi c'est Victoria, puis je travaille plus à l'atelier de travail créatif de l'accordé. [00:33:00] Speaker D: Je sentais que tout le monde était fier de décrire leurs implications. Et certaines personnes allaient encore plus loin. [00:33:06] Speaker K: Je m'implique ici, ça me donne une bonne estime de moi. Les gens sont gentils autour de moi, puis moi je me sens bien ici. C'est ma place, c'est mon bébé, c'est ma maison. Merci. [00:33:21] Speaker D: Pour cette membre, on dirait que la cordée était une sorte de pilier dans sa vie. Ses mots nous avaient touchés et Charlie a profité de ce moment fort pour demander aux autres personnes qu'est-ce que ça leur donnait de s'impliquer autant. [00:33:33] Speaker L: Ça nous donne qu'on est capable de le faire. Ça fait comme wow, je me sens importante. Je suis capable de le faire puis faire plaisir à l'autre, ça c'est bon. [00:33:44] Speaker D: Les membres étaient très à l'aise de se confier par rapport à leurs engagements. C'était riche et sincère. [00:33:50] Speaker L: Là, on a commencé le comité de la cuisine, puis on a tellement de plaisir. On se partage les tâches, puis les personnes ne sont pas fatiguées, parce qu'on est là pour s'entraider, puis quand on sert le repas, on est fiers. [00:34:07] Speaker K: On n'est pas jugé, on ne se juge pas entre nous deux. On sait que des fois, elle a fait le pas, mais ce n'est pas grave. Tu vas vers la personne, tu dis écoute, on est là. [00:34:20] Speaker L: On est sensible, tout le monde, parce qu'on le sait. On vit des choses similaires. [00:34:28] Speaker D: Avec toutes ces paroles de plus en plus personnelles et sincères, j'avais maintenant des informations plus précises par rapport à la santé mentale. Les gens s'entraidaient dans leurs difficultés. [00:34:38] Speaker L: Quelqu'un, il va avoir un nouveau, on l'accueille tout de suite. Il vient t'asseoir, tu veux-tu un café? Puis là, la personne tout de suite, hop! Là, ça sent un petit peu plus à l'aise. [00:34:48] Speaker H: C'est comme ça qu'on se sent aussi, quand on rentre ici, puis on se sent tout ça inclus, tantôt. Des gens qui ne savaient pas qui j'étais m'ont demandé si j'étais une nouvelle membre, super accueillante. On dirait que tout le monde, c'est «Allô, Claire! Allô, Monique!» Tout le monde dit «Allô! Allô!» Tout le monde dit «Salut, tout le monde!» J'aime ça, cette vague-là, quand quelqu'un rentre, «Allô! Ça va bien? [00:35:12] Speaker D: Allô!» Le commentaire de Charlie avait déclenché une vague de témoignages positifs. Et ce qu'elle disait répondait aux questions que j'avais. Moi, quand je leur parle, là, je suis toujours bonnement. Parce que j'ai été hospitalisée et ils [00:35:25] Speaker C: m'ont manqué en tabarnouche. [00:35:27] Speaker D: J'ai été hospitalisée un bon bout, puis... [00:35:29] Speaker J: Ils nous ont sument manqué. [00:35:31] Speaker C: Ils m'ont manqué. Ils m'ont pas broyé, là. [00:35:35] Speaker J: En 2011, une chance que j'ai connue l'accordé, parce que je pense que je serais plus là. Parce que moi, en plus d'avoir un diagnostic, j'entends... Ici, on a des choses, des entendeurs de voix, et ça m'a beaucoup aidée à comprendre pourquoi. Puis quand je suis arrivée, j'ai vu que j'étais pas la seule. [00:35:57] Speaker K: Ça m'a sorti du trou, puis je peux dire aujourd'hui, je suis contente d'accorder. «Me, myself and I », des fois, ça va plus loin que ça. [00:36:08] Speaker D: En s'impliquant pour les autres, les membres gagnaient énormément. Je me disais ça, mais en même temps, je voyais que ce qu'ils recevaient n'était pas l'unique conséquence de leurs engagements ou des nombreuses possibilités qu'on leur donnait de participer. Ça avait plusieurs bienfaits sur eux, je le savais, mais comme au rivage, je constatais que l'organisme leur offrait beaucoup plus comme un milieu de vie, de l'accueil, un safe space des activités, du soutien et de l'entraide. Je pense que c'était l'effet de l'ensemble de ces éléments-là que les membres nous partageaient. Et ça changeait des vies. [00:36:37] Speaker L: Quand je pars à la maison, puis c'est wow! Je suis venue chercher qu'est-ce que j'avais besoin. Des câlins. Puis je me donne le droit de parler aussi. Je suis libre. J'ai le droit de faire des choses. J'ai développé quelque chose de nouveau. J'ai ma santé mentale, mais je le prends très bien, je l'ai accepté. Puis maintenant, je vois des gens ici, puis wow! C'est mes sœurs, c'est mes frères. Puis on est égale. [00:37:03] Speaker H: Ah, c'est beau! [00:37:05] Speaker C: Ah, bravo, Madeleine! [00:37:09] Speaker H: C'est super beau, vos témoignages. Ça me donne un peu envie de pleurer. Je trouve ça beau. [00:37:15] Speaker L: Toutes les gens, un par un, avant [00:37:20] Speaker K: de vous partir, il faut vous donner 20 piastres. [00:37:23] Speaker F: 20 piastres, OK. On va mettre ça dans le budget de production. [00:37:28] Speaker H: C'est la bonne business, ça. [00:37:37] Speaker D: En sortant de l'organisme, j'étais presque sans mots. C'était maintenant plus évident pour moi. La gestion participative n'était pas une fin, mais un moyen pour améliorer la santé mentale des gens. En revenant chez moi, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à ma mère. Je ne sais pas si l'organisme l'autre versant à Gramby ressemblait à l'accordé, mais je l'imaginais assise à la place d'une des femmes qu'on avait rencontrées, à dire des paroles aussi importantes. Peut-être que c'était arrivé, et j'étais triste un peu de ne pas avoir été assez ouvert pour entendre ce qu'elle avait pu vivre de bien dans un organisme comme ça. Quelques semaines s'étaient passées depuis notre visite à la Cordée. Ce qu'on avait entendu était révélateur, mais bien honnêtement, j'avais encore des questionnements sur la santé mentale. J'en ai parlé à Charlie et elle m'a conseillé d'aller en discuter avec Sophie du rivage. [00:38:40] Speaker G: On peut-tu passer par les escaliers ici? [00:38:44] Speaker F: C'est correct maintenant? [00:38:45] Speaker A: On peut passer si t'es à l'aise pour te rendre? [00:38:47] Speaker G: Oui, oui, il n'y a pas de problème. [00:38:49] Speaker M: Allô? [00:38:51] Speaker D: J'ai le sentiment que ça faisait un bon deux mois que je n'avais pas visité l'organisme et Sophie m'avait informé que le lieu était en rénovation. Elle pensait qu'il n'y aurait pas de bruit ce jour-là, mais finalement, on n'a pas été chanceux. Et en plus, des enfants étaient présents. Mais bon, c'était pas si grave. Ça allait ajouter de l'ambiance. Quand je suis entré dans la salle à manger, Sophie m'a présenté sa collègue, Mélanie, qui travaillait au rivage à temps partiel depuis plus de dix ans. Les deux allaient participer à l'entrevue. [00:39:22] Speaker I: Au pire, je vais être là juste [00:39:23] Speaker D: pour faire du support moral. [00:39:25] Speaker C: Non, tu vas être là pour parler. [00:39:27] Speaker F: Support moral et de contenir. [00:39:32] Speaker D: On voyait qu'elles se connaissaient bien. J'entendais pas encore de coup de marteau, donc j'ai décidé de commencer l'entrevue rapidement. [00:39:38] Speaker F: J'avais bien hâte de leur poser mes questions. [00:39:44] Speaker D: Et la première chose que je voulais savoir, c'était à quel point les enjeux de santé mentale étaient importants dans la région de Richemont. [00:39:50] Speaker C: Dans chacun des organismes, les gens voient des gens avec plus de détresse, avec plus de défis, avec plus d'enjeux qui sont vécus en ce moment. [00:39:58] Speaker D: J'étais pas surpris que les problèmes étaient en augmentation. Et je remarquais que Sophie en parlait en utilisant des termes généraux comme détresse, enjeux et défis. Je lui ai demandé ce qu'elle voulait dire par ça et c'est Mélanie qui s'est exprimée. [00:40:10] Speaker I: Ça peut être en lien avec des drames que les gens peuvent vivre dans leur vie, la perte des gens proches. Des fois, il y a des gens qui vivent avec de la détresse aussi au quotidien. [00:40:22] Speaker D: Sa réponse m'en apprenait un peu plus, mais je trouvais que ça manquait de précision. Peut-être que je poussais trop, mais j'avais envie de connaître le profil des personnes qui passaient au rivage et de quoi elles souffraient plus spécifiquement. Ce que Sophie a dit me fait réfléchir. [00:40:35] Speaker C: Par rapport au genre de problème que les gens vont vivre, on est moins... On travaille pas avec les diagnostics, donc comme travailleuses, on se positionne pas en expert des différentes problématiques de santé mentale, mais ça veut pas dire que... [00:40:48] Speaker D: C'est vrai. Les ressources alternatives en santé mentale, comme le Guivage, évitaient souvent de mettre l'accent sur des diagnostics précis. Elles préféraient plutôt s'occuper des besoins non comblés des personnes. Et le premier sur la liste était souvent de sortir les gens de l'isolement. [00:41:03] Speaker C: C'est grand comme besoin. On le voit partout, je trouve. Les gens ont besoin d'écrire des liens entre eux, de voir. Fait que l'espace, ça sert à ça plus. Puis c'est avec ça qu'on travaille, avec leur force, avec ceux qui ont envie de travailler. Parce que c'est pas vrai qu'on travaille... [00:41:16] Speaker D: Toutes les actions du RIVAGE, dont la gestion participative, ne s'inscrivaient pas dans une logique de problèmes à régler ou de maladies à guérir. Quand les employés interagissaient avec les membres, j'ai l'impression qu'ils ne parlaient pas très souvent de leurs difficultés et de leurs symptômes. Et ce n'était pas pour rien. [00:41:30] Speaker C: C'est vrai qu'à travers le temps, on a vu des gens qui n'ont pas nécessairement envie de parler de ça. Ils ont envie d'être ici et d'être... Je n'aime pas le mot, mais c'est ce qu'on entend, mettons, d'avoir l'air plus normal, mettons, de ne pas être cette problématique-là ou ce diagnostic-là, mais d'être comme de se fonder en masse, si on veut, d'être... [00:41:46] Speaker D: Le RIVAGE ne voulait pas contribuer à étiqueter les personnes avec un diagnostic X ou Y. Mais si les gens souhaitaient discuter de ça ou de leurs symptômes, l'ouverture était tout de même là. [00:41:55] Speaker I: Des fois, ça va arriver qu'il y a des gens qui vont nous partager le phénomène de voix, d'entendre des voix. Il y a des gens qui vont nous partager ça. Et ce n'est pas parce qu'on ne fait pas de traitements qu'on ne peut pas en parler et que les gens ne peuvent pas faire du sang. À ce véhicule-là, ensemble, Faire du sens. [00:42:12] Speaker D: Ces mots-là résonnaient fort pour moi. Parce que je pense que c'est vraiment les histoires qu'on se raconte face à nos détresses qui façonnent comment qu'on les porte au quotidien. J'avais envie de partager mon vécu là-dessus. [00:42:23] Speaker F: Je parle pour moi des fonds qui ont tendance à tout mettre sur nous. «C'est de ma faute, je ne vais pas bien parce que je ne sais [00:42:28] Speaker D: pas, je n'ai pas fait de quoi [00:42:29] Speaker F: qui me rend bien.» Mais il y a des facteurs externes un peu, je pense. [00:42:33] Speaker C: toutes les conditions de vie, penser au prix des logements, pas être capable de payer, d'entendre des fois les gens qui comptent leur sou pour aller chercher du papier toilette, les besoins essentiels, c'est sûr que ça, ça va venir jouer sur comment tu te sens et comment tu te sens par rapport aux restants de la communauté. [00:42:55] Speaker D: Ça m'a pris du temps à comprendre que les problèmes de santé mentale ne sont pas toujours de notre faute. Accepter ça, ça m'a permis de me sortir d'une phase aiguë d'anxiété où je me blâmais chaque jour pour mes symptômes. Ça tournait dans ma tête, jusqu'à ce que quelqu'un me réveille en me disant que ce que je vivais, c'était juste une réaction normale aux difficultés importantes que je traversais. Entendre ça, ça avait fait toute une différence. Parce que ce que je vivais n'était plus un caprice, une faiblesse ou une pathologie à mes yeux. C'est drôle, mais j'ai l'impression que le terme «détresse» est plus doux que les mots «maladie» et «problème». C'est moins négatif. C'est juste ce qu'il y a là. [00:43:32] Speaker I: Le fait qu'on parle de détresse humaine, je trouve que justement ça nous amène sur un pied d'égalité, puis on vit tous des choses, puis ça n'exclut pas des gens. [00:43:40] Speaker D: Tout le monde vit de la détresse et je crois qu'il y aurait moins de préjugés par rapport à la santé mentale si on utilisait ce mot-là plus que d'autres. [00:43:46] Speaker I: Moi, je pense que ça peut être bon pour tout le monde parce qu'on recrée une petite communauté ici. [00:43:50] Speaker D: La discussion est inspirante et à un moment donné, j'ai posé une question qui nous a amenés ailleurs. [00:43:56] Speaker F: Est-ce que dans l'entraide qu'il y a ici, vous les employés, vous partagez ces détresses-là? [00:44:03] Speaker C: Je trouve que c'est intéressant pour les gens de voir qu'on vit des enjeux des fois, qu'eux aussi peuvent devenir la personne qui nous soutient. [00:44:15] Speaker D: Le fait que des employés comme Sophie étaient aussi transparentes avec ce qu'elle vivait avait sûrement un effet positif. [00:44:22] Speaker C: Avant, j'étais responsable de la vie associative. C'est moi qui animais, mettons, les comités, qui soutenais les comités. À un moment donné, j'ai dit que pour moi, faire du groupe, c'était mon plus gros challenge. «Mais comment ça?» «Parce que je fais de l'anxiété, je suis plaquée rouge partout, je bégaye, j'ai de la misère à faire ça.» «Ah, ben là, ça veut dire que si toi, tu vis ça, moi aussi, je vis ça. Mais je pourrais quand même peut-être essayer.» «Ben oui, parce que je l'ai travaillé. On peut le travailler et on est là pour ça.» Quand on partage des choses à la hauteur de ce qu'on a envie de partager avec les gens, La qualité de nos liens avec chacune des personnes ici, je pense qu'elle a grandi à cause de cette relation égalitaire-là qui existe. [00:45:01] Speaker D: Les liens, l'égalité et la confiance qui s'installaient entre tout le monde semblaient définitivement sur quoi le Guivage misait pour s'occuper de la santé mentale des gens. Et ça fonctionnait, selon Mélanie. [00:45:11] Speaker I: Le fait que ça fait longtemps qu'on travaille ici, on a vu des gens se déployer avec les années, puis on voit des gens surpasser des grandes difficultés de santé mentale. Ça ne veut pas dire que tout est beau, tout est guéri, mais il y a certainement de la guérison à quelque part. [00:45:29] Speaker D: Est-ce qu'on peut guérir d'enjeux de santé mentale? Je ne sais pas. Peut-être que la réponse dépend des individus et de comment on fait sens avec ce qu'on vit. En revenant à Sherbrooke, je comprenais plus clairement la vision de la santé mentale du rivage, mais d'un autre côté, je me sentais un peu perdu. En fréquentant l'organisation pendant des mois et en visitant la cordée, j'avais constaté que la gestion participative était une des nombreuses approches, mais pas la seule, que les ressources alternatives utilisaient pour appuyer les personnes dans leur santé mentale. C'était évident. Mais ce fait-là compliquait les choses, parce que ça devenait difficile de savoir si les gens allaient mieux spécifiquement à cause qu'ils participaient activement. Et pour me mêler encore plus, Charlie me disait que c'était pas toutes les ressources alternatives en santé mentale qui fonctionnaient en gestion participative. Je réfléchissais à ça et à un moment donné, j'ai pris conscience que je ne me posais pas la bonne question. L'important, du moins pour l'instant, était peut-être pas nécessairement de saisir l'impact précis de la gestion participative sur le bien-être des individus. Ce qui était central, j'ai l'impression, c'était de comprendre pourquoi le Guivage avait choisi d'accorder autant d'importance à l'implication. [00:46:53] Speaker G: Salut Charlie, écoute, tu me disais que Sylvain passait en ville prochainement. C'est ça, je pense que je serais prêt à le rencontrer. Je me suis fait une liste de questions et je pensais peut-être qu'on pourrait le rencontrer à un café pas loin de chez nous qui est vraiment très beau, que souvent tu connais. C'est le Café Baobab. C'est ça, écoute, c'est mon courant de ça. Bye bye. [00:47:20] Speaker D: Sylvain, c'était l'ancien responsable général du rivage, c'est-à-dire celui qui occupait le poste de Sophie avant. Il avait quitté l'organisation il y a un an ou deux et, à ma connaissance, c'était lui le principal instigateur de la gestion participative. Parce que oui, vous l'avez entendu, l'organisme n'a pas toujours fonctionné de la même façon. Et je voulais savoir pourquoi. J'étais certain que Sylvain pourrait répondre à ma question. Et après quelques jours, on a réussi à le rencontrer. [00:47:51] Speaker G: C'est celui qui arrive, ça? [00:47:56] Speaker A: Allô! [00:47:56] Speaker H: Joyeux Noël! [00:47:58] Speaker C: Ça va bien, toi? [00:47:58] Speaker G: Bonjour monsieur, ça va bien? Content de te revoir parce qu'on s'était vu rapidement. [00:48:04] Speaker D: J'avais déjà rencontré Sylvain très brièvement après une conférence que j'avais donnée à l'Université de Sherbrooke. On s'est trouvé une table, on a commandé des cafés et on s'est installé pour l'entrevue. [00:48:14] Speaker G: Tu peux t'installer en dessous du micro qui est suspendu. [00:48:18] Speaker F: C'est parti. Yes, c'est parti. [00:48:22] Speaker D: J'ai commencé la discussion en allant droit au but. [00:48:28] Speaker G: Pourquoi, à un moment donné, vous avez [00:48:29] Speaker F: décidé de faire un virage? [00:48:33] Speaker G: Parce que ce n'est pas que le rivage ne fonctionnait pas, ce n'est pas qu'il n'y avait pas de monde. [00:48:36] Speaker F: Qu'est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision-là? [00:48:39] Speaker A: C'est complexe. On ne vous a pas parlé de cette époque où, au rivage, on a décidé... on a tout arrêté. On a réfléchi sur nous. [00:48:47] Speaker D: Vous étiez fermé, vous avez fermé l'organisme? [00:48:50] Speaker A: Non, l'organisme continuait de vivre, mais on se fermait à l'extérieur. [00:48:55] Speaker D: Si je comprends bien, la décision de placer la gestion participative au cœur de la mission du rivage venait du besoin de l'organisation de prendre un recul. C'était en 2007, il y a près de 20 ans. Et les choses n'allaient pas aussi bien que ça. [00:49:08] Speaker A: On était rendus des pompiers, on faisait juste éteindre des feux. Puis à un moment donné, on s'apercevait que c'était nous autres-mêmes qui allumaient le feu. Puis on avait une énorme pression du système à dire «il faut que vous preniez de plus en plus de gens en charge». [00:49:19] Speaker H: Est-ce que vous faisiez de l'individuel à ce moment-là? [00:49:23] Speaker D: Aujourd'hui, il y a très peu de rencontres individuelles au rivage, mais avant que l'organisme se lance à pieds joints dans la gestion participative, c'était le cas et ça surchargeait les employés. Il y avait trop de gens à accueillir et les aider un par un était devenu presque impossible. Un changement était nécessaire. [00:49:40] Speaker A: Je trouvais que ça ne faisait pas de sens parce qu'en individuel, les gens, ce qu'ils nous partageaient, c'était des problématiques quotidiennes. Puis je me disais, on n'a pas besoin d'avoir un psychiatre ou un psychologue ou un travailleur social de formation pour accueillir. des difficultés à faire l'épicerie, qui est une problématique vraie, qui apporte de la souffrance vraie, mais que l'entraide peut vraiment aussi contribuer davantage, dans le sens où je peux partager avec d'autres qui vivent les mêmes choses que moi, les mêmes situations, puis me reconnaître à travers d'autres, puis commencer à construire ce que j'appelle un pouvoir collectif, où les gens peuvent se mettre ensemble, groupe d'achats, faire des cuisines collectives, pour traiter de l'enjeu de «j'ai de la misère à me nourrir». [00:50:25] Speaker D: Je suis d'accord avec Sylvain. Même un très bon psychologue ne pouvait pas vraiment apaiser le stress provoqué par le manque de nourriture. Mieux valait former un groupe qui pouvait réellement répondre aux problèmes. Et j'imagine que c'est à partir de cette vision-là que les dîners communautaires du rivage sont nés. À la base, ça venait d'un besoin d'adresser les souffrances autrement. [00:50:45] Speaker A: Individuellement, je pense qu'on peut accueillir la souffrance, mais on ne commencera pas à régler. Le Val-Saint-François, c'est 35 000 de population. On n'aidera pas 35 000 personnes individuellement tous les jours dans le quotidien. À un moment donné, il faut aussi sortir de cette pensée magique. [00:51:04] Speaker D: Le Val Saint-François, c'est la MRC où Richemont est situé et oui, fallait sortir de la pensée magique et aider les personnes plus collectivement. C'était une sage réflexion, mais à écouter Sylvain, c'était difficile pour les gens de voir les choses différemment. [00:51:17] Speaker A: On nous a appris aussi au Québec beaucoup. Quand ça ne va pas bien, on a besoin d'un spécialiste. Je pense que ça vient de l'idée qu'il y en avait trop qui ne recouraient pas aux services de spécialistes. On n'allait pas chercher de l'aide. On est issus d'une culture comme ça. Là, on est rendu dans un bout où ça prend... T'as une petite peine, ça te prend un psychiatre. Non, t'as une petite peine d'un bon voisin ou d'un bon ami, ça peut faire la job. Je vis pas bien une petite situation, je peux le partager puis voir comment, crème. Telle personne l'a aussi vécu, puis elle, elle a abordé ça de même. Une autre l'a vécu la même chose, elle l'a abordé d'une autre façon. Ça peut faire la job, y'a pas besoin d'attendre sur un line-up puis aller voir une psychologue dans un an et demi où finalement, le problème, tu t'en souviens plus c'était quoi, pourquoi t'avais fait ta demande, là. [00:51:59] Speaker N: C'est la réalité. [00:52:00] Speaker C: Puis il faut que t'ailles les ressources [00:52:02] Speaker H: aussi, là, pour rencontrer un psychologue, dans le sens où c'est vraiment dispendieux, là, puis... [00:52:09] Speaker D: C'est vrai que dans plusieurs cas, l'entraide entre les gens peut autant faire la job pour calmer des détresses et régler les enjeux qui les causent. Le seul problème face à ça, c'est que, d'après moi, aujourd'hui c'est plus facile pour les personnes d'aller chercher de l'aide avec un spécialiste que de s'entraider, surtout par rapport à la santé mentale. Les préjugés sont encore trop importants pour qu'assez d'hommes et de femmes demandent de l'appui à leur famille ou à leurs proches. Et je pense que c'est pour ça que c'est essentiel que des endroits comme le rivage existent, où les gens sentent qu'ils peuvent s'entraider collectivement, sans risquer de se faire pointer du doigt. [00:52:41] Speaker A: Tu sais, au rivage, on disait souvent, la seule mission qu'on a, nous, c'est de créer des espaces pour briser l'isolement. [00:52:46] Speaker D: Un espace informel. [00:52:47] Speaker A: Informel, où je peux aller chercher l'attention des pairs, échanger, puis pas juste dans une posture de «je consomme l'aide des autres », mais je peux aussi apporter mon aide. Donc, je m'aperçois que dans ce groupe-là, j'ai aussi des bonnes idées. Je suis aussi capable d'améliorer le sort d'autres personnes. La gestion participative, elle allait répondre aussi à ce besoin-là, c'est-à-dire que je n'ai pas besoin de toujours rencontrer mon psychiatre quand ça ne va pas bien. Je peux aussi me présenter aux rivages. Peu importe l'activité qui va avoir lieu, je vais être bien reçu. Peu importe la situation où je vis, c'est ça qu'on essayait d'installer par le modèle de gestion participative. Aussi donner accès à personnes intervenantes. Je n'ai pas besoin de prendre un rendez-vous pour avoir accès à de l'entraide. C'était ça un peu la culture qu'on voulait mettre en place par la gestion participative. [00:53:34] Speaker D: Je saisissais mieux maintenant. Le but des employés était de créer et de maintenir des espaces collectifs qui faisaient du bien aux gens. C'était clair, mais en même temps, je me demandais pourquoi il n'existait pas plus de lieux comme ça. D'après Sylvain, c'est peut-être encore une question de mentalité. Parce qu'au départ, les membres n'étaient pas tous contents de la transition vers la gestion participative. [00:53:53] Speaker A: Je me souviens encore, puis je pense que je vais rester marqué à vie, c'était une personne que je suivais en individuel en plus, puis une première rencontre de comité de vie associative. Puis là, la première étape, c'est vous allez maintenant participer au choix des activités qu'il va y avoir au calendrier. Je me souviens de cette membre qui avait un crayon dans les mains puis qui l'a cassé avec une seule main, un crayon de bois. Elle l'a cassé en deux, puis elle a fait comme «c'est pas vrai tabarnak, que nous on va faire votre job puis que vous allez être payé pour ça». [00:54:19] Speaker D: J'étais vraiment surpris par cette histoire-là, mais Sylvain avait une explication. [00:54:24] Speaker A: On n'est pas éduqués et on n'est pas accompagnés comme citoyens à participer aux décisions qui nous concernent. On est plutôt accompagné à obéir et à agir selon un pré-entendu social. Ce que je m'apercevais quand je suis arrivé au RIVAGE, c'est que beaucoup de gens sont habitués d'obéir un pouvoir supérieur, comme on le fait aussi en psychiatrie. Le mouvement alternatif, c'est un mouvement critique par rapport à la psychiatrie, à l'hégémonie de la psychiatrie, c'est-à-dire que les psychiatres avaient raison. Ton psychiatre te disait «prends ces pilules-là, puis «va-t'en chez vous », puis c'était un peu ça. Le caricature, là. On se voulait d'un mouvement anti-hégémonie de la psychiatrie, mais on reproduisait au ribage la même chose, c'est-à-dire qu'à l'arrivée, tout était prêt. Il y avait juste à s'inscrire dans la dynamique décidée par les personnes dirigeantes à l'époque. Pour moi, ça faisait pas de sens. Le besoin que les gens qui vivent une problématique de santé mentale ont, c'est de se prendre en charge. Ça, c'est la compréhension qu'on a collectivement. [00:55:25] Speaker D: Faut les sauver, là. [00:55:26] Speaker A: Oui, il faut les sauver parce qu'ils sont en perdition, ils vont vraiment pas bien. [00:55:31] Speaker H: Compréhension qui est saniste. [00:55:33] Speaker A: Oui, tout à fait. [00:55:34] Speaker D: Le mot que tu as utilisé, «sanisme», c'est quoi ce mot-là? [00:55:37] Speaker A: C'est une bonne question. «Sanisme», c'est le système de pression qui adresse les problématiques de santé mentale. Donc, si une personne a une problématique de santé mentale, elle n'est nécessairement pas apte à faire ce qu'un citoyen normal devrait faire. C'est un peu cette conception qu'on peut avoir. [00:55:54] Speaker D: Le sanisme, si je comprenais bien, était un obstacle majeur à la gestion participative. Pour que ça marche, il fallait donner toute la place aux membres pour qu'ils s'organisent et s'entraident eux-mêmes. Faire autrement n'avait pas de sens pour Sylvain. [00:56:06] Speaker A: C'est pas à moi de décider à quelle activité tu veux participer. C'est pas à moi de dire qu'un jeudi, on va aller aux Pommes. T'as-tu le goût? Si t'as le goût d'aller aux Pommes, bien, on le met là dans le calendrier. Pourquoi moi, je te dirais qu'il faut que t'ailles aux Pommes, puis avec qui tu dois y aller? Quand tu vas aller aux Pommes, Jean-François, t'as-tu besoin d'avoir quelqu'un qui te dise c'est quand tu vas y aller? Bien, peut-être ta conjointe. [00:56:23] Speaker G: Oui, oui, c'est peut-être la seule qui va être ici dans ce cas-là. [00:56:26] Speaker D: Oui! Ok, l'exemple des pommes était peut-être pas parfait, mais ce que Sylvain disait est qu'il fallait partir du constat que c'est les membres qui savaient quelles activités ils avaient besoin. Les intervenants devaient idéalement se positionner comme ça. Mais c'était pas facile, au point que des employés avaient quitté l'équivage quand l'organisme avait adopté la gestion participative. [00:56:46] Speaker A: Ça demande un dégagement de ma responsabilité de sauver le monde parce que nous, ce qu'on fait dans la vie, c'est juste créer des espaces. On a juste ça à faire. Puis là, moi, je viens de dire aux intervenants de ta job maintenant, c'est de créer l'espace qui va faire en sorte que ça va sauver des vies. Toi, tu sauves plus rien. [00:57:04] Speaker D: «C'est l'espace qui sauve des vies.» Ça, c'était une phrase à retenir. Et pour qu'on comprenne mieux, Sylvain nous a raconté un moment fort qu'il a vécu quand il a participé à une soirée qui soulignait sa retraite du rivage. [00:57:16] Speaker A: dans les témoignages que j'ai reçus pour mon départ. Il y a beaucoup de ça. Moi, je trouve ça super riche. J'en ai pleuré. Tu sais, Roger, qui prend la parole, puis qui dit, «Tu m'as tellement fait confiance que cette confiance-là que j'ai développée en moi fait en sorte que je suis encore ici aujourd'hui.» J'en ai encore les frissons. Quand je dis ça, parce que c'est pas moi qui a sauvé sa vie. Roger a sauvé sa vie toute seule. [00:57:37] Speaker H: Tu lui as offert l'espace. [00:57:38] Speaker A: J'ai offert l'espace de se faire assez confiance dans la vie. c'est un peu ce qu'on inculque par la gestion participative. On pourrait en parler pendant des semaines. Oui, exactement. [00:57:49] Speaker H: C'est un sujet qui est tellement vaste, qui est tellement large et qui touche à plein de choses. En tout cas, moi, je trouve ça tout le temps le fun de geeker la gestion participative. [00:58:04] Speaker D: Quand je suis sorti du café Baobab, j'ai pris conscience que Sylvain avait réussi à me faire comprendre pourquoi l'organisme s'était lancé dans la gestion participative. Il s'était tourné vers ça, pas uniquement parce que ça avait des effets positifs, mais aussi parce que ça permettait d'aider simultanément plusieurs personnes. Tout se clarifiait. Mais Sylvain nous avait aussi fait comprendre que se lancer à fond dans ce type de gestion-là impliquait d'aller à contre-courant de plusieurs mentalités préjugées et préconceptions. Donc, même si la méthode était prometteuse, je prenais conscience qu'elle n'était pas toujours facile à appliquer. Fallait que j'en sache plus là-dessus et ça tombait bien parce que Charlie m'avait laissé un message. [00:58:44] Speaker H: Salut JF, j'espère que tu vas bien. Je voulais te dire que je suis en contact avec Éric de L'Ensoleillé à Lac-Mégantic. Il accepterait potentiellement de nous recevoir à L'Ensoleillé, que je puisse en fait présenter le guide, donc ça pourrait être quelque chose d'intéressant. [00:59:05] Speaker D: j'ai tout de suite accepté d'aller à Lac-Mégantic. L'Ensoleillé, c'était une autre source alternative comme la Cordée et le Rivage, mais à ma connaissance, leur transition vers des pratiques plus ancrées dans la gestion participative était plus récente. Je pense que c'est pour ça que Charlie voulait leur présenter et discuter de son guide. On a donc roulé jusqu'à Mégantic, comme qu'on dit dans le coin. Si tu vas par là, ça va [00:59:28] Speaker F: être un autre chemin. Là, tu vas arriver à la 108. [00:59:34] Speaker D: Après une heure et demie de route, on est finalement arrivé. [00:59:40] Speaker C: On [00:59:47] Speaker G: est prêt. [00:59:50] Speaker F: Lac Mégantic, l'Ensoleillé. [00:59:53] Speaker H: Ah là, c'est-tu le lac là-bas? [00:59:54] Speaker F: Ouais, le lac Mégantic. [01:00:01] Speaker D: C'était une belle journée de printemps et on s'était stationné pas loin d'une école. On s'est avancé vers l'organisme qui était situé dans une petite maison beige. [01:00:09] Speaker H: Bonjour! [01:00:10] Speaker D: Bonjour! [01:00:12] Speaker H: Est-ce que c'est Éric? [01:00:13] Speaker M: Oui, c'est éric. [01:00:14] Speaker L: Ah ok! [01:00:14] Speaker H: Enchanté, vous c'est Charlie. [01:00:16] Speaker F: Enchanté, Jean-François. [01:00:17] Speaker D: Éric était bien content de nous accueillir et en jetant un premier coup d'œil à l'endroit, je n'étais pas dépaysé. [01:00:25] Speaker A: Ça c'est notre milieu de vie. [01:00:30] Speaker D: Après avoir pris conscience des lieux, Éric nous a conduit à la salle à manger où plusieurs personnes étaient déjà assises pour la présentation de Charlie. Elle s'est installée au bout de la table, a ouvert un projecteur et elle a commencé à montrer son guide à l'écran. [01:00:44] Speaker C: Bonjour! [01:00:46] Speaker H: Pour l'instant, le guide s'appelle «Cultiver la participation». C'est un guide illustré. [01:00:51] Speaker D: Ce n'était pas la première fois que je consultais son œuvre. Et sur sa page couverture, on voyait un jardin communautaire. Au début de ton guide, tu as [01:00:58] Speaker F: une super belle illustration Je lui ai [01:01:00] Speaker D: demandé de décrire son image et d'expliquer pourquoi elle avait eu cette idée-là. [01:01:04] Speaker H: On a brainstormé plein de choses. On voit des tomates, on voit des petites citrouilles, des petites fleurs autour du sol. C'est tous les fruits qu'on récolte, finalement, de la gestion participative. Aussi, l'analogie qu'on avait faite avec le jardin, c'était un peu qu'en gestion participative, c'est comme un jardin communautaire où tout le monde est amené à réfléchir à ce qu'on met dans le jardin. Ceux qui ont le goût de décider qu'est-ce qu'on met dans le jardin, ils viennent participer à ça. Puis là, ils pourraient avoir des gens qui viennent participer au jardinage comme qui pourraient, qui ne participent pas. Puis c'est correct de même. [01:01:35] Speaker D: L'analogie était bonne et la dernière chose qu'elle disait m'apportait de quoi de nouveau. Même si l'objectif de la gestion participative était d'impliquer les gens, rien n'était forcé. Tout le monde pouvait contribuer au jardin de la façon et au rythme qu'il voulait. Une des employées avait aussi un commentaire sur l'image. [01:01:52] Speaker O: On dirait qu'il y a des petits cœurs. Je parle pour l'alternative, mais ce qui revient souvent, c'est l'amour. Je ne dis pas à personne ici «je t'aime », sauf que les gens ressentent que quand ils viennent ici, il y a de l'amour dans le bâtiment, il y a de l'amour qu'ils ont peut-être manqué et qu'ils viennent en rechercher dans nos ressources. Bravo pour les petits cœurs. [01:02:19] Speaker D: Entendre ces commentaires, ça montrait à quel point l'effet des ressources comme l'Ensoleillé était important. Les gens se sentaient bien accueillis. Et un autre membre a aussi ajouté quelque chose. Après notre échange sur la page couverture, Charlie a demandé aux personnes c'était quoi pour eux la gestion participative. [01:02:44] Speaker O: On en parlait tantôt, le fait que tout le monde soit sur un même pied d'égalité et que tout le monde ait sa place. [01:02:51] Speaker D: De manière générale, les gens disaient tous des choses que j'avais déjà entendues, ou presque. [01:02:56] Speaker M: Je trouve que c'est une belle ouverture d'esprit, déjà, de tout le monde, de pouvoir dire, regarde, on travaille ensemble parce qu'on sait qu'on ne fit pas de temps en quelque part, t'sais. On ne cadre pas nécessairement dans un système préétabli. Puis on travaille dans un cadre, mais qui est tellement ouvert qu'on a l'impression qu'on a cette liberté-là d'être qui on veut, qui on est aussi, puis de devenir aussi la personne qu'on souhaite avec les autres, t'sais. [01:03:23] Speaker D: C'était la première fois qu'une personne parlait de gestion participative dans cet angle-là. Et ça devait être important parce qu'une membre a ajouté plus de détails. On est tellement dans la vraie vie, là. Moi, je me sens que je rentre pas de moule. [01:03:39] Speaker I: Fait qu'ici, quand je rentre ici, t'sais, [01:03:42] Speaker D: on a le code de vie, oui, mais on se sent pas compressé, t'sais, [01:03:47] Speaker K: comme en société ou dans le milieu de travail ou... [01:03:52] Speaker D: La particularité de la gestion participative dans des organismes comme le Guivage n'était pas uniquement qu'on l'offrait. C'est qu'elle s'inscrivait dans un cadre qui convenait aux gens et qui s'éloignait des dictats de la société de performance. Le sujet avait moins de secrets pour moi, mais il me manquait tout de même un gros bloc d'informations. Et c'était en lien avec une précision que Charlie avait à propos de son guide. [01:04:16] Speaker H: c'est pas comme un guide arc-en-ciel qu'on est comme «regardez comme c'est chouette et cool la gestion participative» parce qu'il y a beaucoup de défis et d'enjeux en lien avec ça et c'est pas non plus parfait. [01:04:26] Speaker D: Depuis le début de l'enregistrement du balado, beaucoup de personnes, dont Charlie, m'avaient dit plusieurs fois que tout ça, c'était loin d'être facile. Éric avait eu des difficultés avec certains comités, par exemple. [01:04:38] Speaker M: En général, il y a des gens, mais c'est déjà arrivé qu'il n'y ait personne, donc c'est les intervenants. [01:04:43] Speaker D: Pour que les gens s'impliquent, il fallait qu'ils soient suffisamment nombreux au rendez-vous. Mais Éric prenait ça tout de même avec sagesse, je dirais. [01:04:50] Speaker M: On fait un peu le deuil de l'idéal. Dans le fond, même s'il y a deux personnes, c'est aussi valable que s'il y en a dix. Parce que ça représente les gens qui ont envie de s'impliquer à ce niveau-là. [01:05:01] Speaker D: À l'écouter, j'ai l'impression qu'il disait qu'on devait être réaliste. C'était évident que certaines activités ou engagements étaient plus populaires. Fallait pas non plus tout quantifier parce que peut-être qu'un projet à deux personnes pouvait être aussi transformateur pour leurs participants qu'une initiative à douze. Voir ces nuances-là, c'était essentiel. Et une employée en a ajouté une autre. [01:05:21] Speaker O: Quand on parle de difficultés en santé mentale, le matin tu te lèves et je veux dire, ça ne va pas bien. Ça se peut que tu n'aies pas de motivation pour sortir de chez vous et aller t'impliquer. [01:05:36] Speaker D: Le moral était effectivement un facteur à considérer dans la participation. Et ça m'amenait à la question suivante. Est-ce que le fait que les membres doivent tout organiser ou presque pouvait à la longue devenir un poids pour eux à certains moments? Et est-ce que c'était possible qu'ils préfèrent que tout soit fait pour eux? J'ai posé la question à une membre qui s'appelait Denise. Toi t'aimes-tu mieux ça comme c'est là [01:05:57] Speaker F: ou t'aimerais mieux que ça soit comme tout organisé? [01:06:00] Speaker N: Comme c'est là. [01:06:01] Speaker D: Ouais, pourquoi? [01:06:02] Speaker N: ben c'est parce qu'on est libre de choisir les activités qu'on veut, nos idées à nous autres. C'est ça. [01:06:10] Speaker C: – Je pense que ça a plus [01:06:10] Speaker H: de sens comme ça aussi. [01:06:11] Speaker N: – Oui, ça a plus de sens. C'est plus encourageant aussi, de vouloir venir. Que si, mettons, c'est les intervenants qui choisissent, ma sangle, ça me le dira pas, là, de venir, là. Je me sentirais forcée. Tandis que là, ben, on est libre de venir. [01:06:30] Speaker D: J'entendais bien. La liberté, le désir de faire sa part et qu'on choisisse pas à sa place, c'était plus attrayant que se faire servir. Denise en avait beaucoup à dire et pendant qu'on continuait à parler tous ensemble des défis de la gestion participative, elle en a énuméré un autre, peut-être plus indirect. [01:06:48] Speaker N: C'est encore tabou.— [01:06:49] Speaker D: La santé mentale, tout ça?— [01:06:50] Speaker N: La santé mentale, c'est ça, c'est encore tabou. Mais il y en a beaucoup qui jugent un peu partout, là. Là, l'Ensoleillé en Hiéropolis, c'est une des fous qui va là. Mais c'est le contraire, là. Qu'ils viennent voir c'est quoi l'Ensoleillé avant de juger les autres. [01:07:14] Speaker D: L'après-midi avançait, et avant la fin de notre rencontre, j'ai senti le besoin de demander aux membres ce que ça leur donnait de participer et de passer du temps à l'Ensoleillé. [01:07:23] Speaker O: Quand on questionne les gens à savoir, toi, qu'est-ce que t'aimerais avoir au calendrier, souvent les idées qu'ils ont, c'est des choses qu'ils aiment. Fait que t'sais, d'avoir des choses qu'ils aiment, de venir voir des gens qu'ils aiment dans un lieu qu'ils aiment, c'est clair que ça l'aide au niveau de la santé mentale, On est tous des [01:07:42] Speaker M: gens qui ont vécu certaines problématiques, ça fait qu'on est pas mal plus enclin à se comprendre. [01:07:49] Speaker N: Ça m'a beaucoup donné de la joie, de la fierté, beaucoup de qualité, de la force. C'est la force qui est importante. [01:08:00] Speaker M: C'est un peu... c'est comme aller à la station de gaz puis mettre du gaz dans le char. [01:08:05] Speaker F: C'est ça que c'est. [01:08:10] Speaker D: Décidément, fréquenter l'Ensoleillé avait un effet positif sur les femmes et les hommes qui visitaient la ressource. Comme c'était le cas à la Cordée, je savais que ce n'était pas uniquement à cause que l'organisation fonctionnait dans un mode participatif. Mais à écouter les mots des membres, j'ai l'impression que j'arrivais à voir son impact plus particulier. Les personnes se sentaient fortes, puis entourées de gens et d'activités qu'elles aimaient. Et je pense que c'était comme ça parce que c'est elles qui les avaient choisies. C'était leur organisme, leur réalisation, leur communauté et leur fierté. C'était ça, à mon avis, la plus-value de la gestion participative sur la santé mentale. Ma Rosalie, on rentre plus par-dessus nos peines!

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